Le 15 décembre 2008, Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, décidait de repousser d’un an son projet de réforme du lycée. A la mi-janvier, il a confié cette mission à Richard Descoings, actuellement directeur de l’Institut d’études politiques (« Sciences Po »). La réforme redémarre à zéro c’est-à-dire sur la base de l’accord trouvé au mois de juin avec les organisations syndicales et lycéennes.
Richard Descoings dispose de quelques mois pour consulter. Il doit préparer des propositions pour mai prochain et une contribution définitive en octobre. Les classes de 2nde pourraient donc être réformées dès septembre 2010.
Le Président de la République a déclaré que cette réforme se ferait sans enlever un centime ni supprimer un poste.
La réforme définit quatre objectifs1 :
- « Renforcer l’accompagnement des élèves en difficulté tout au long de la scolarité du lycée et réduire les redoublements plus particulièrement en classe de 2nde »
- « Rééquilibrer la voie technologique par rapport à la voie générale et, à l’intérieur de la voie générale, les « dominantes » correspondant aux actuelles séries S, ES et L. »
- « Mieux préparer les élèves à la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur aussi bien en termes de méthodes de travail que d’aide à l’orientation. »
- « Donner place et reconnaissance à la responsabilité et à l’engagement des lycéens dans la vie de leur établissement et l’organisation de leurs études. »
Ces objectifs suscitent des questions :
- S’agit-il de diversifier les structures de travail en alternant des moments d’apprentissage en petits groupes, en grand groupe, de repenser l’organisation du temps de travail des lycéens pour proposer des plages de soutien individualisé ? Envisage-t-on de transférer des missions d’enseignement des professeurs vers d’autres catégories de personnel ?
- Que signifie « rééquilibrer la voie technologique par rapport à la voie générale» ?
S’agit-il d’une « revalorisation », de la recherche d’une parité ?
La voie technologique est-elle pérennisée ? Comment ?
- Cela va-t-il de pair avec une évolution des premières années de l’université où l’échec de tous les bacheliers est massif 2 ?
- Est-il question de faire réfléchir l’ensemble des acteurs du système éducatif à la place des lycéens ? De créer de nouvelles structures ?
| Réformer le lycée ? D’accord. A condition de s’appuyer sur un bilan réel des sections technologiques ! |
A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous venons d’obtenir un rendez vous avec Richard Descoings pour lui présenter nos questions et nos positions. Nous accueillons avec d’autant plus d’intérêt toutes vos contributions sur notre site www.apceg.info.
Nos propositions actuelles s'ancrent sur des valeurs essentielles.
Nous refusons l’idée de nous inscrire dans une compétition entre disciplines ou entre filières. Depuis de longues années, nous avons montré que nous savons travailler pour tous les élèves qui nous ont été confiés.
| Notre rôle est avant tout de faire de la formation et pas de la sélection. |
Dans cette dynamique, nous pouvons apporter beaucoup aux lycéens de 2nde.
- La classe de 2nde doit permettre aux élèves de réfléchir sur leur orientation future. La proposition (acceptée au début décembre) de faire découvrir l’économie à l’ensemble des lycéens nous paraît pertinente. Les professeurs d’économie et gestion ont vocation à enseigner cette discipline au même titre que les collègues de sciences économiques et sociales.
- En outre, les lycéens doivent avoir accès à une culture juridique afin de connaître les bases du droit du travail et du droit constitutionnel. Ces connaissances sont essentielles à la formation du citoyen. Les professeurs d’économie et gestion sont compétents dans ce domaine qu’ils enseignent tant au niveau baccalauréat qu’en BTS et dans d’autres formations supérieures.
- L’actuelle IGC (informatique de gestion et de communication) est à repenser pour plusieurs raisons. Elle est trop axée sur la pratique de l’informatique et de la bureautique. Elle ne donne pas l’ouverture aux contenus de poursuite d’études en STG. Surtout, cette option joue trop souvent le rôle d’une pré-orientation vers la filière STG.
L’option facultative devrait être conçue pour que les élèves découvrent les disciplines enseignées en STG. Elle permettrait de découvrir la culture technologique c’est-à-dire des éléments techniques mis en perspective grâce au management, à l’économie et au droit.
| Ainsi, les lycéens s'orienteront positivement vers la section STG. |
Les autres auront eu un aperçu des technologies et des théories tertiaires ce qui valorisera leur regard sur nos sections et sur nos élèves. Ces propositions permettent aux professeurs d’économie et gestion d’intervenir plus largement en 2nde. En elle-même cette présence permettra de réaffirmer la dignité de nos enseignements technologiques et de démontrer qu’ils sont autant sources d’apprentissage que d’autres disciplines plus générales.
La réforme en Seconde doit évidemment être pensée en cohérence avec la réforme des classes de Première et de Terminale. Elle doit ouvrir sur l’orientation dans l’enseignement supérieur. Les failles de l’enseignement secondaire sont bien connues : les redoublements sont trop nombreux et peu efficaces.
La réforme en 2nde doit être pensée en cohérence avec celle des classes de 1re et terminale et des premières années de l’enseignement supérieur. On connait bien les failles de l’enseignement secondaire : les redoublements sont trop nombreux et peu efficaces, trop d’élèves sortent du système sans formation, les filières sont socialement hiérarchisées. Aucun baccalauréat ne permet de bien réussir en faculté. Les lycéens ne disposent pas des repères nécessaires pour s’orienter positivement à l’Université. De plus, les effectifs pléthoriques en 1ère année, le manque d’encadrement et le besoin de sélectionner des étudiants expliquent en grande partie la difficulté d’y réussir.
| Pour construire une réforme, il est important de montrer aussi les éléments de réussite de l’enseignement secondaire et pour nous tout particulièrement ceux de la série STG. |
En effet, les media mettent souvent l’accent sur les échecs massifs et incontestables des bacheliers STG dans les deux premières années à l’Université3. Certains en concluent trop rapidement qu’il faudrait supprimer cette filière ou plus subtilement la fondre dans la filière générale. Ou bien encore la dissoudre dans les sections professionnelles. On ne connait pas assez les succès de la filière technologique qui très souvent accueille des élèves en difficulté en 2nde et leur permet de réussir des études au-delà du bac. Cette filière doit continuer à évoluer pour améliorer ses performances, et devenir plus attractive. Elle doit permettre aux élèves de réussir aussi bien dans l’enseignement supérieur court qu’à la faculté. C’était un des objectifs de la réforme des baccalauréats STT devenu STG en 2006.
Par exemple, sait-on que les bacheliers technologiques qui s’engagent dans un BTS sont 78% à sortir avec un diplôme ? Que le taux de redoublement et le taux d’abandon sont très faibles en STS et en IUT ? Que les bacheliers STG réussissent mieux en STS et IUT que les bacheliers généraux en faculté ?
| Pourquoi n’entend-on pas dire plus souvent que trois ans après la fin de leurs études, les trois quarts des jeunes titulaires de BTS ou DUT tertiaires ont un emploi en CDI, que leur taux de chômage est relativement faible, et leur salaire médian se situe entre 1200 et 1400€ 4 ? |
Ils s’en tirent donc mieux que les titulaires d’un DEUG pourtant issus largement des sections générales des lycées.
Le Conseil d’administration de l’APCEG s’est restructuré au début janvier 2009. Il va rester vigilant afin d’obtenir que les professeurs d’économie gestion et les disciplines qu’ils enseignent continuent à participer à l’élévation globale du niveau de formation des jeunes.
Après m’avoir confié la revue pendant quelques années, le Conseil d’administration m’a élue Présidente de l’association. Je prends la suite de Paul-André Bucher et j’espère être aussi efficace pour assurer autant d’énergie et de cohésion à l’association. Le CA est heureux d’accueillir deux nouveaux membres : Angel Blasco remplace Christiane Zimmerer aux relations avec l’APCEP séniors. Sébastien Kulemann s’est déjà illustré en publiant plusieurs articles de fond dans les Cahiers d’économie et gestion. Il sera co-responsable de notre revue aux cotés de Charlotte Albertini, Françoise Lemoine et Jean-Marc Auriac. Marylène Jordy est la gestionnaire de notre site web auquel elle insuffle déjà un nouveau dynamisme. Michel Savattier est vice-président.
| Il organise nos Journées pédagogiques qui auront lieu les 4, 5 et 6 décembre 2009 à Poitiers sur le thème « enseigner l’entreprise ? ». |
Gageons qu’elles connaitront le même succès que les Journées Pédagogiques 2008 à Montpellier.
Ce numéro 101 de la revue propose à nos lecteurs un dossier spécial « Analyser le passé pour penser l’avenir », élaboré à partir des conférences et ateliers des Journées PédagogiqueS de décembre 2008. Il présente d’abord un atelier d’écriture comme outil d’analyse de pratiques professionnelles et quelques récits d’expériences vécues en classe ou dans le système scolaire. Ensuite, il rassemble des articles sur l’histoire de nos enseignements, de nos disciplines et de notre association. Ce dossier n’épuisant pas la richesse de nos travaux, il se poursuivra dans la revue suivante.
1. D’après la lettre de mission de X. Darcos à R. Descoings du 14 janvier 2009.
2. 39 % des bacheliers 2002 qui s’étaient inscrits en licence après leur baccalauréat ont obtenu leur diplôme trois ans plus tard. La moitié des bacheliers généraux « à l’heure » (n’ayant jamais redoublé) ont validé leur licence en trois ans, pour seulement un tiers des bacheliers généraux en retard et de seulement 14 % des bacheliers technologiques.
Pour les bacs pro le chiffre est de moins de 5%.
3. Par exemple, voir notre réponse sur ce sujet sur http://apceg.info/les-stg-ne-sont-pas-les-perdants-de-l-orientation.htm
4. Ces informations sont citées dans Alternatives économiques Hors série pratique n°37 Janvier 2009.
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